Une semaine à Hong Kong aux couleurs de la French Tech !

A l’occasion de ses vœux 2016, le Ministre français de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique Emmanuel Macron a donné vendredi 29 janvier 2016 le coup d’envoi de French Tech Hong Kong qui fait partie de la vague de hubs mondiaux labellisés avec Abidjan, Cape Town, Barcelone, Londres et Montréal après New York, Tel-Aviv, Tokyo, San Francisco et Moscou. Le hub technologique de Hong Kong est une place stratégique pour les entreprises de la French Tech qui souhaitent accéder au marché chinois et l’Asie.

Le réseau French Tech Hong Kong était présenté en avant-première lors de l’évènement StartMeUp Festival mené à l’initiative de l’agence publique InvestHK qui s’est déroulé du 24 au 29 janvier à Hong Kong autour des thématiques FinTech, Data analytics, Internet of Things et HealthTech. StartMeUp Festival démontre toute la dynamique de l’écosystème startups à Hong Kong qui représente souvent la ville choisie par les entrepreneurs français pour implanter ou créer leur entreprise en Asie.

Cette communauté d’entrepreneurs a porté le projet French Tech Hong Kong avec le soutien de l’équipe Business France Hong Kong qui en a donné l’impulsion dans le montage du dossier depuis un an et pour son implication dans la coordination. Soutenu par une quinzaine d’entrepreneurs, dirigeants tech et investisseurs, French Tech Hong Kong a pour objectif de rendre l’écosystème local plus lisible pour les entrepreneurs français et plus visible auprès de la scène Tech hongkongaise à partir du site portail : hk.lafrenchtech.com

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Data

Pour le premier jour du StartMeUp Festival les entrepreneurs de la French Tech se sont retrouvés dans le cadre du Data Showcase organisé par KPMG afin de découvrir en avant-première la French Tech Hong Kong avec une session de pitchs. Ubudu, Wassa, Popmap et Fifty-Five se sont présentés sous l’angle de l’utilisation des données avec des applications dans le retail (digital marketing, e-commerce ou marketing en magasin) avant de faire des démonstrations auprès de partenaires potentiels invités par KPMG dans son insight centre.

On retient plus particulièrement Fifty-Five, agence digitale leader dans le domaine du Big Data, représenté par Cédric Delzenne qui a été retenu par les ambassadeurs de la French Tech Hong Kong parmi une quinzaine d’entrepreneurs et dirigeants tech. Le CEO de Fifty-Five Mats Carduner était présent lors des vœux d’Emmanuel Macron avec les ambassadeurs de la French Tech pour célébrer le lancement du hub. Créée il y a 6 ans, la société de 150 salariés a ouvert son bureau à Hong Kong en 2014.

FinTech

Parmi les autres ambassadeurs de la French Tech Hong Kong on compte Mathias Helleu chairman et co-fondateur de la société de courtage en ligne 8 securities qui figure parmi les entreprises à suivre de la Fintech à Hong Kong. La société a été récompensée du best mature startup award à l’occasion du Fintech Finals 2016 organisé dans le cadre du festival StartMeUp. 8 securities représente l’une des plus belles success stories dans le domaine de la Fintech après WeLab qui vient de devenir la 1ère licorne à Hong Kong.

Fintech Finals 2016 était organisé en partenariat avec la communauté FintechHK qui anime l’écosystème de fintech à Hong Kong avec 55 startups référencés dont 6 French FinTech. Cette organisation est à l’origine du programme d’accélération Supercharger, mené par l’incubateur TusPark en partenariat avec la banque Standard Chartered et le leader de l’internet chinois Baidu, qui compte 3 French FinTech (Amareos, Gatecoin et MicroCred) parmi les 8 lauréats.

Internet of Things

Le projet French Tech Hong Kong permet également de rejoindre des startups à travers le site internet grâce au job board qui rassemble les offres d’emplois des startups French Tech à Hong Kong. Un job fair était organisé par l’équipe W Hub de Karen Farzan, ambassadrice de la French Tech qui a aussi lancé Women Who Code HK, lors de la semaine StartMeUp en association avec l’évènement LAUNCH. Ce Consumer IoT Summit mettait en avant l’écosystème de startups à Hong Kong qui se démarque également dans le domaine de l’internet des objets.

LAUNCH était porté par l’accélérateur Brinc qui organisait un startup contest parmi lesquels on trouvait les French Tech Kello et Omate. La première a rejoint Brinc cette année pour accélérer le développement de leur réveil connecté. La seconde qui développe des montres connectées faisait le déplacement depuis Shenzhen. Le projet French Tech Hong Kong permettra également de renforcer les liens avec les acteurs de la Tech française à Shenzhen, métropole de référence pour la Tech en Chine continentale, au travers d’événements cross-border.

HealthTech

Enfin le StartMeUp Festival était l’occasion de rassembler la scène tech autour du thème de la santé avec la compétition de startups Health Tech Asia co-organisée par l’assureur AIA et l’incubateur / VC Nest.vc qui ont lancé l’AIA accelerator. Parmi les 8 entreprises de la 2ème promotion du programme de 12 semaines, on trouve TopDoc créée par une entrepreneuse française qui avait l’occasion de pitcher lors du concours. Emmanuelle Norchet en charge de la partie investissement de Nest.vc figure parmi les investisseurs de French Tech Hong Kong.

Le fonds Nest a ouvert un bureau à Paris pour reproduire son modèle d’accélérateur global c’est pourquoi il organisait une session FrenchPitch lors du dernier AfterHours de la semaine dans son nouvel espace dédié au networking. Parmi les autres incubateurs et espaces de co-working on peut citer Blueprint, Cocoon, The Hive ou encore PaperClip qui hébergent des entrepreneurs français. Enfin parmi les partenaires privilégiés de la French Tech Hong Kong ont retient Cyberport et Hong Kong Science & Technology Parks soutenus par l’« Innovation and Technology Bureau » du gouvernement qui vient de lancer un « Innovation and Technology Venture Fund » de 2 milliards HKD.

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Un écosystème de startups dynamique à Hong Kong

L’écosystème est en plein boom à Hong Kong avec l’animation de communautés startups et l’émergence d’accélérateurs qui s’organisent autour d’entrepreneurs emblématiques, de lieux et événements dédiés. Un guide de l’écosystème hongkongais des startups devient même une nécessité pour mieux appréhender cette dynamique animée par des initiatives aussi bien privées que publiques.

Le moment semblait donc opportun pour initier un évènement majeur dans cette ville qui se veut comme un hub mondial en Asie-Pacifique avec la logistique, la finance et un statut de Région Administrative Spéciale de la Chine. Les organisateurs du Dublin Web Summit, conférence majeure de la scène tech en Europe, ont choisi cet été pour lancer une déclinaison de l’évènement en Asie avec l’inauguration de la 1ère édition RISE à Hong Kong qui permettait de découvrir plus de 500 startups.

A l’origine de RISE Conference on retrouve Paddy Cosgrave, fondateur du Dublin Web Summit, qui s’est associé avec Casey Lau l’un des pionniers de l’écosystème de startups à Hong Kong. Un workshop était animé pour mieux comprendre cette communauté qui a émergé il y a seulement quelques années et a vu apparaitre de nombreuses initiatives d’accélérateurs et co-working spaces qu’on pouvait retrouver lors d’évènements annexes organisés au cours de la semaine RISE.

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Un jeune écosystème en transition pour faire grandir les startups en scaleups

L’écosystème de startups à Hong Kong a émergé il y a plus de 5 ans avec des initiatives publiques comme Cyberport mais aussi le tout premier co-working space BootHK initié par une bande d’amis avec Casey Lau. Depuis la communauté n’a cessé de s’enrichir en s’appuyant sur d’autres initiatives dédiées à l’entreprenariat avec les programmes d’incubation du Hong Kong Science & Technology Parks et l’arrivée de réseaux dédiés aux entrepreneurs comme le Startup Weekend HK ou de General Assembly HK.

La promotion de cette culture de l’entreprenariat a permis d’atteindre plus de 1 000 startups souvent incubées chez Cyberport et le Science Park avec plus de 100 places chacun, dans les espaces de co-working au cœur de la ville comme Blueprint, Cocoon, The Hive ou Garage Society et plus récemment le Tus Park. Les pionniers du BootHK sont à l’origine de StartupHK pour mettre en avant les pépites de la scène hongkongaise tout comme les plateformes W Hub, ou EastFounder à l’échelle de l’Asie, qui connectent les startups tech, talents et investisseurs.

L’écosystème était particulièrement représenté lors de la conférence RISE avec 100 startups hongkongaises parmi les 500 participants et surtout 3 finalistes parmi les 40 pitchs de startups: Ambi Climate (smart home), Soundbrenner (wearables) et Prenetics (biotechs). Ces startups à fort potentiel doivent encore prouver qu’elles sont capables de devenir des scaleups dans la lignée des success stories: Outblaze (digital media) et plus récemment 8 Securities (FinTech) GoGoVan (logistique) ou 6waves (gaming).

Des startups accompagnées par une diversité de programmes et accélérateurs

La communauté des startups se renouvelle pour générer de nouveaux projets qui s’appuient sur une multitude de programmes dédiés de la création avec des formations et challenges au financement lors de démo days en passant par l’accélération. En marge du pitch stage, RISE conf était l’occasion de découvrir 20 projets disruptifs de startups hongkongaises sélectionnés parmi 60 candidats pour bénéficier d’un coaching en partenariat avec les programmes d’incubation de Cyberport, HKSTP, Cocoon et Blueprint.

Ces incubateurs ont permis de faire émerger des projets avec un apport initial mais surtout de faire passer ces projets d’une phase d’amorçage à une phase de commercialisation, de la preuve de concept à la preuve de marché. Chacun avec sa spécificité et avec complémentarité ces structures ont facilité le succès de startups comme le “copycat” HotelQuickly dédiée à la réservation d’hôtel en ligne de dernière minute parmi les “CoCoonian Stories” ou Insight Robotics avec sa technologie disruptive qui figure parmi les lauréats de HKSTP.

La success story hongkongaise Shopline est peut-être le meilleur exemple pour représenter une dynamique qui évolue vers des programmes d’accélération. Après avoir gagné le concours de pitch de Cocoon les fondateurs ont eu l’occasion de bénéficier du mentorat de l’accélérateur 500 startups dans la Silicon Valley grâce à une délégation menée par son incubateur Cyberport. Ils ont ensuite rejoint le nouveau programme d’accélération B2B de Blueprint dans la vague d’accélérateurs qui se sont créés depuis le 1er Accelerator HK en 2012.

Un accélérateur global pour accéder au marché de l’Asie-Pacifique et la Chine

Cette tendance des accélérateurs s’est observée ces derniers mois avec l’intérêt d’acteurs globaux qui participaient à RISE Conf comme les américains 500 startups évoqué précédemment et TechStars à travers son acquisition Startup Weekend très dynamique à Hong Kong. On retiendra plus particulièrement que le fonds et accélérateur européen SeedCamp s’associe avec l’accélérateur Blueprint en pariant sur Hong Kong comme porte d’entrée sur l’Asie. A l’inverse, de nouvelles initiatives visent à étendre leur activité depuis Hong Kong positionné comme un hub global.

Les entrepreneurs locaux, les VC ou l’agence gouvernementale InvestHK imaginent Hong Kong comme un hub pour les startup-ups avec le rêve de la ‘Silicon Valley asiatique’ mais il manque encore le succès d’une ‘licorne’. La communauté d’investisseurs reste très conservatrice et ne prend pas le risque d’investir plus massivement pour assurer le passage à l’échelle au contraire des nouveaux accélérateurs et fonds comme nest.vc qui vient de lancer cette année 3 programmes d’accélération avec des grands groupes : AIA (health tech & wearables), DBS (FinTech) et Infiniti (IoT & smart city).

On peut se demander quelle est la prochaine étape de l’écosystème hongkongais de startups dans la continuité du premier accélérateur acceleratorHK pour assurer le passage à l’échelle, attirer toujours plus d’entrepreneurs, d’accélérateurs et investisseurs privés. Hong Kong accueille une diversité d’accélérateurs pour accéder à des marchés verticaux en chine continentale à l’image de FinTechHK qui s’est associé avec le réseau de Tus Park, aux ressources du Delta du Pearl River sur lesquelles s’appuie Brinc dans l’internet des objets, au marché de l’Asie-Pacifique comme Jaarvis qui a lancé un programme en Inde et de manière générale s’appuyer sur un hub entrepreunarial stratégique qui représente un accélérateur global en Chine, en Asie et à travers le monde.

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Animation des écosystèmes de l’innovation : un enjeu majeur pour Paris Region, la France et l’Europe

L’animation des écosystèmes de l’innovation a un rôle essentiel pour le développement économique basé sur des clusters régionaux qui rayonnent en France, en Europe et à l’international autour de communautés en réseau. Paris Region, 1er  pôle européen de R&D qui excelle dans de nombreux domaines, a une opportunité à saisir pour coordonner la diversité d’acteurs de la recherche et de l’innovation. L’environnement semble idéal pour synthétiser un ensemble d’actions / visions en cherchant à observer et d’évaluer le réseau de la recherche au plus près de l’écosystème de l’innovation afin de favoriser la créativité et l’excellence de la recherche tout en apportant une capacité d’innovation pour les entreprises.

Pour comprendre l’enjeu d’animation des écosystèmes de l’innovation je veille les évolutions du paysage français avec le lancement des initiatives de la French Tech et européen avec le renforcement de la dynamique de l’European Institute of Innovation and Technology (EIT). J’évalue le processus d’innovation en fonction de la vitalité des écosystèmes avec les accélérateurs pour faire émerger les champions de demain. J’observe une plate-formalisation du processus d’innovation autour d’écosystèmes avec les plateformes d’innovations pour structurer les clusters mondiaux.

De l’internet des objets à la bioéconomie l’Europe doit mettre en réseau ses accélérateurs et fédérer ses plateformes d’innovations pour animer les écosystèmes de l’innovation. Paris Region comme hub et les pôles partout en France rassemblent autant d’usines du futur, de villes intelligentes et autres communautés à animer en réseau pour garder un leadership porté par les European Tech Champions à travers le monde de New York à Hong Kong.

Les plateformes d’innovation pour structurer les clusters mondiaux

L’écosystème de l’innovation se structure progressivement avec l’évolution et la complexification des clusters qui s’articulent autour des plateformes d’innovation au centre des collaborations, facilitées par l’innovation ouverte des grands comptes, du laboratoire à l’usine. Les investissements d’avenir sont une opportunité pour les 71 pôles de compétitivité qui se structurent autour des instituts de recherche technologique (IRT) ou encore des plateformes mutualisées d’innovation. On peut observer les pôles de compétitivité initiés en 2005 à la lumière des clusters mondiaux inspirés de la Silicon Valley ou de la route 128 à Boston et des clusters européens renforcés dans le cadre des stratégies de spécialisation intelligente des régions qui rayonnent à l’international.

On observe les nombreux visages de l’innovation ouverte à commencer par les grandes entreprises qui cherchent à fédérer des entreprises pour innover dans une logique de « plateforme ouverte ». Cette dynamique repose sur des alliances technologiques et industrielles autour des ces grands groupes qui ouvrent leur innovation pour structurer les clusters de demain et les faire rayonner dans le monde. Alors que les Etats-Unis s’appuient sur la capacité d’innovation de clusters mondiaux pour porter des multinationales comme Apple qui fabrique en Chine la problématique du making in america demeure pour garder un leadership industriel autour d’alliances à l’image de SEMATECH dans les semiconducteurs.

Le soutien aux filières industrielles d’avenir est essentiel pour garder un leadership européen en s’appuyant sur les 34 plans pour la nouvelles France industrielle et le programme Horizon 2020 de la commission européen avec l’objectif de leadership dans les technologies génériques et industrielles. Paris Region, la France et l’Europe représentent trois niveaux complémentaires pour mener à bien une politique industrielle forte susceptible de fédérer les plateformes d’innovation autour des enjeux télécom – multimédia, santé – bien-être, énergie – environnement et transport – mobilité en lien avec les clusters du grand paris.

Les clusters entre espaces ouverts et centres d’innovation intégrés

On pourra s’inspirer des Future Centers exposés par Eric Seuillet pour mieux comprendre l’organisation des clusters. Il commence par remarquer que les lieux d’innovations sont toujours plus connectés :

« Grâce à de nombreux outils interactifs basés sur les technologies d’Internet et du virtuel, frontières et distances sont désormais abolies : la remarquable montée en puissance depuis quelques années de plateformes de crowdsourcing, collaboratives, d’échanges d’idées, de prototypage 3D, et réseaux sociaux ont permis une extension infinie des espaces. Et, paradoxalement, ces outils sont utilisés non seulement pour établir des relations avec des communautés virtuelles distantes mais aussi de plus en plus au sein de dispositifs d’innovation qui fonctionnent en présentiel. »

Entre espaces virtuels et physiques la proximité organisée permet l’intégration d’une diversité de centres d’innovation ce qu’il exprime comme espaces collaboratifs d’innovation :

« Loin de se faire concurrence, espaces physiques et espaces virtuels sont complémentaires et ont vocation à se renforcer mutuellement. De tels exemples d’espaces à la fois connectés au monde externe et spécialement configurés pour innover efficacement sont les ECI (Espaces Collaboratifs d’Innovation). L’ECI idéal est celui qui réunit au sein d’un même lieu une grande diversité de fonctions (espace de coworking, FabLab, maker spaces, living lab, incubateur de startups…). »

Dans la continuité des ECI il reprend comme inspiration la communauté de pratiques Future Centers Alliance avec la vision de l’un des fondateurs pour qui :

« Un Future Center est un espace organisationnel, physique, méthodologique et virtuel. C’est un espace mental, un espace affectif, et surtout un espace humain ». Pour lui « il existe sans conteste de nombreuses synergies entre les laboratoires d’innovation de différents types, comme  les living labs, les fablabs , les incubateurs, les accélérateurs et les future centers. »

Ces lieux d’innovation connectés entre espaces virtuels et physiques permettent d’intégrer une diversité de centres d’innovation qui s’inspire de communautés de pratiques avec méthodologie à l’image des Future Centers. Les centres d’innovation techno – business – entreprise, évoqués dans un article précédent à propos des accélérateurs, ne doivent pas oublier le design facteur de synergies entre les métiers et de synthèse créative pour industrialiser les objets du futur. Pour ce faire des designers en résidence ont ce rôle de médiateurs au sein de véritables Villa Medicis Industrielles en lien avec des centres de conception et fabrication.

La mission design menée par Alain Cadix, qui propose de créer une douzaine de centres de design en France, permettra de structurer des espaces ouverts et intégrés pour réaliser la synthèse entre les technologies industrielles et les usages sociétaux en impliquant toutes les parties prenantes (entrepreneurs, designers, ingénieurs, …).

« Un Centre de design est un “hub” : il met en réseau des entreprises, des agences, des laboratoires, des établissements d’enseignement, des incubateurs, des fablabs professionnels ou des “makerspaces” quand ils existent, et ajoute des dimensions et des moyens complémentaires à une échelle qu’aucune entité, seule, ne pourrait atteindre dans ces champs de la conception et de la fabrication innovantes. Il confère aussi une visibilité accrue au “cluster”. »

Des centres aux communautés d’innovation à travers les plateformes

Les plateformes d’innovation s’articulent autour de 3 piliers avec des centres d’innovations qui s’organisent pour former des communautés de connaissances, ouvertes et expérimentales :

  • Industrie du futur : Elle représente la plateforme intégrative des briques technologiques et des filières industrielles qui fédère les systèmes de systèmes. La donnée est un élément essentiel de la chaine avec l’électronique et la photonique embarquées dans des systèmes qui permettent l’industry as a platform.
    Knowledge Innovation Communities : Elles reposent sur de grandes infrastructures et outils de production qui permettent de développer les technologies de transferts multimédias, transports multimodaux, usines numérique (calcul intensif, réalité augmentée, robotique…) et matériaux (carbone, composites…).
  • Internet des objets : Il représente la plateforme intégrative et expérimentale qui rassemble les systèmes d’information et les objets communicants. D’une part on retrouve le cloud computing et le big data au cœur de cette tendance et d’autre part des matériaux résilients qui forment un réseau d’objets en interaction.
    Open Innovation Communities : Elles reposent sur l’hybridation des technologies et business monétisés qui s’appuient sur des standards et pratiques collaboratifs permettant d’apporter les briques de base à l’émergence d’expériences centrées autour des utilisateurs de software, hardware, ou encore de wetware, au coeur des filières technologiques et industrielles.
  • Ville intelligente : Elle représente la plateforme expérimentale des solutions intelligentes, durables et inclusives pour les citoyens basées sur des plateformes embarquées d’objets connectés et d’open data avec des applications s’appuyant sur les infrastructures, l’eau et la lumière dans l’environnement urbain de l’homme.
    Experimentation Innovation Communities : Elles reposent sur des expérimentations de solutions “smart” data, objets, énergie, santé, mobilité, bâtiment, éclairage, nouriture … dans la ville vivante qui est un véritable espace dédié à l’imaginaire et aux métamorphoses urbaines.

Ces communautés d’innovation s’appuient sur le plan industrie du futur, les métropoles French Tech et les French Tech Hubs qui permettent d’animer l’écosystème à travers des plateformes d’innovation.

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Les clusters de l’internet et interface des objets à la BioEconomie

De l’internet des objets à la bioéconomie, l’innovation se trouve partout dans nos usines et nos villes pour révolutionner notre quotidien personnel et professionnel. Les usages et les marchés se trouvent bouleversés face aux grandes transformations de l’économie à la fois numérique et (dé)cabornée du big data aux plus petites molécules de nos vies. Les interfaces, comme les espaces d’innovation, sont à la fois numériques (ou virtuelles) et carbonées (physiques) pour former un réseau d’objets et de personnes qui sont au coeur des clusters. L’impression 3D est à l’image de cette révolution avec l’hybridation du numérique et le carbone, de la ville et de l’usine ou encore le professionnel et le personnel se mélangent comme c’est devenu le cas pour les ordinateurs.

Dans la continuité de cette double révolution la bioéconomie prolonge l’écosystème du numérique et du carbone pour capter des molécules et analyser les données dans le but d’améliorer l’environnement informationnel, énergétique et sanitaire de l’homme. Elle s’appuie d’une part sur les briques intégratives des biotechnologies basées sur le software et le hardware ; d’autre part sur l’expérience utilisateur centrée sur les enjeux sociétaux et environnementaux. Enfin elles reposent sur les communautés de l’usine du futur, l’internet des objets et de la ville intelligente en impliquant des compétences et technologies liées aux biotechnologies pour développer les domaines de la médecine (biotechnologies rouges), l’agronomie (biotechnologies vertes), l’aquaculture (biotechnologies bleues) ou le domaine industriel (biotechnologies blanches).
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Les accélérateurs d’innovation pour faire émerger les champions de demain

L’écosystème de l’innovation connait un dynamisme sans précédent pour aider les startups à se développer ce qui a conduit à de nombreuses initiatives du type accélérateur pour les accompagner dans leur croissance mais aussi pour sensibiliser les étudiants à l’entrepreneuriat. Selon les données de la plateforme d’open data du gouvernement on compte 57 structures dédiées à l’entreprenariat étudiant et incubateurs publics en France. On peut évaluer le fonctionnement des incubateurs publics initiés en 1999 avec la loi sur l’innovation à la lumière des « accélérateurs », nouvelle vague d’incubateurs très largement inspirée du Y Combinator dans la Silicon Valley, du techstars à Boston ou du SeedCamp en Europe qui ont fait des émules dans le monde entier.

On peut se demander l’écosystème numérique français est-il en surchauffe ? avec une multitude d’initiatives dédiées aux startups mais cette effervescence est plutôt un signe de vitalité, de « vibrant ecosystem », qui ouvre des opportunités pour accélérer le processus d’innovation. L’enjeu consistera à catalyser, accélérer et diffuser l’innovation dans cet écosystème en surchauffe pour faire émerger les Champions de demain et les faire croitre durablement. On cite régulièrement le modèle allemand qui s’appuie beaucoup sur les ETI facteur de compétitivité et le modèle américain qui s’appuie sur une forte culture de l’entreprenariat renforcée par un état entrepreneur à la base de succès comme Google ou Apple. Mais nul besoin de les copier on peut seulement s’en inspirer.

Le soutien de l’entrepreneuriat s’appuie sur de nombreux challenges d’innovation comme le concours mondial Innovation 2030 porté par l’état à l’image de celui de la DARPA américaine ou des initiatives entrepreneuriales telles que le Hello Tomorrow Challenge. Pour fédérer ces projets innovants l’initiative French Tech a labellisé 9 métropoles avant de lancer un appel à projet dédié aux accélérateurs. Paris est la tête de pont de la startup nation avec le projet 1000 startups sur le site de la Halle Freyssinet qui vise à créer le premier incubateur européen voire le plus grand incubateur au monde. L’European Institute of Innovation & Technology permet aux startups françaises de s’associer avec les entreprises innovantes européennes pour faire émerger les Champions européens de demain face aux leaders américains et asiatiques.

A chaque accélérateur son modèle d’investissement et d’administration

On rappelle quelques notions avec la contribution de Gilles Bouchard pour essayer de clarifier les modèles d’accélérateurs. On distingue tout d’abord l’incubateur de la pépinière en évoquant des frontières plus floues pour la France que les Etats-Unis :

« En France, le terme “incubateur” désigne des structures d’appui intervenant avant et après création d’entreprise. Le terme “pépinière” est plus utilisé pour désigner les structures d’appui aux entreprises après création. Aux États-Unis, le terme “incubator” désigne les pépinières. Le terme “Innovation center” désigne les incubateurs. »

On peut définir les accélérateurs comme des incubateurs investissant dans les entreprises qu’ils incubent. On distingue ainsi deux types d’accélérateurs :

« Dans le premier modèle, plus connu sous le nom “Involved Investor model“, des entrepreneurs créent un accélérateur pour investir dans de multiples startups. … Dans le second modèle, le “Venture Fund model“, l’accélérateur lève des fonds auprès d’investisseurs et agit en tant que fonds d’investissement. »

Il existe tout de même un modèle qui trouve sa pertinence dans la transparence de son mode de financement et de l’absence de dilution du créateur dès la création d’entreprise :

« Dans le troisième modèle – peu répandu parce que moins intéressant en termes de profitabilité – et qui répond au vocable de “Accelerator to Entrepreneur“, l’accélérateur ne gère pas de portefeuille d’investissement, ni directement, ni indirectement. Les mentors se dédient totalement à l’accélération des startups et laissent leur financement à d’autres acteurs privés et publics. »

Cette distinction entre les trois modèles reste schématique avec dans les faits des modèles hybrides. Elle nous éclaire sur l’opportunité d’envisager le modèle « Accelerator to Entrepreneur » comme alternative au modèle d’investissement en intégrant la relation entrepreneur-mentor et avec les administrateurs dans le processus d’innovation de l’accélérateur. Ceci trouve toute sa pertinence pour les projets d’accélérateur dans le cadre des structures de maturation de projets innovants financées par les collectivités ou encore avec l’amplification des concours et challenges de l’innovation qui permettent aux entreprises d’obtenir un « pre-seed stage ». La recherche de fonds privés complémentaires reste tout de même essentielle pour bénéficier de ces effets de levier.

Le fonds French Tech Accélération a été lancé avec une enveloppe de 200M€ pour favoriser le développement des accélérateurs de startups privés en France qui proposent des prestations d’accélérateurs sans nécessairement y associer des financements ce qui semble privilégier le modèle Accelerator to Entrepreneur.

Un « accélérateur de startups » est une structure visant à accompagner la création et la croissance de startups en proposant à ces startups :

  • dans tous les cas des prestations d’accélération, souvent dans le cadre d’un « programme » structuré, notamment l’accès à l’expérience entrepreneuriale, à des formations, à un réseau de contacts d’affaires (clients potentiels, investisseurs, medias…), à un pool de compétences de haut niveau mobilisables (marketing et communication, business développement…), à des talents à recruter, à des outils industriels (par exemple prototypage, design), à des infrastructures (un lieu d’animation, d’échanges entre entrepreneurs, voire d’hébergement), etc. ;

  • et dans certains cas des financements, notamment de l’investissement en fonds propres.

Diversité des “Innovation Centers” tout au long du processus d’innovation

Les programmes d’accélération se positionnent tout au long du processus d’innovation que nous pouvons distinguer en 3 phases clés supportées par des innovation centers pour reprendre le terminologie américaine évoquée précédemment :

  • Catalyser l’innovation : L’émergence de projets innovants va s’inscrire progressivement dans un processus effectual de développement entrepreneurial et expérimental grâce à la mise en réseau des innovateurs avec des tech et business catalysts pour accélérer le transfert de technologie vers une entreprise existante ou en créant une startup.
    Technology Innovation Centers : Ces structures ont une mission de diagnostic et détection de projets innovants à valoriser pour assurer leur maturation technologique et industrielle dans une démarche de Tech to Market. On peut plus particulièrement évoquer les Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologies (SATT) qui jouent ce rôle mais aussi les Fab Labs labellisés par la French Tech.
  • Accélérer l’innovation : Le développement de startups innovantes va se poursuivre progressivement dans un processus d’industrialisation avec la mise sur le marché du produit ou service pour accélérer le business avec un passage à l’échelle de la startup qui devient une scaleup.
    Business Innovation Centers : Ces structures ont une mission d’accélération renforcée avec la programmation d’accompagnements pour assurer une large offre de parcours dédiés. On peut plus particulièrement évoquer les accélérateurs ciblés par l’appel à manifestation d’intérêt de la French Tech en regardant notamment les accélérateur qui proposent une aide à la commercialisation et du mentorat.
  • Diffuser l’innovation : Le développement de scaleups innovantes va se poursuivre progressivement dans un processus d’internationalisation avec la prospection de nouveaux marchés à l’export pour accélérer l’entreprise avec un passage à l’échelle renforcé à l’international.
    Entreprise Innovation Centers : Ces structures ont la mission de promouvoir les entreprises à l’international et attirer des entreprises étrangères pour faciliter le développement économique. On peut plus particulièrement évoquer les actions menées par le réseau de communautés business de l’European Institute of Innovation & Technology qui jouent ce rôle mais aussi les agences régionales de développement et d’innovation comme Paris Region Entreprise.

Ces 3 phases évoquées ne sont pas suivies de manière linéaire mais itérative avec des sauts et pivots grâce au support complémentaire d’une diversité d’innovation centers qui permettent de catalyser, accélérer et diffuser plus rapidement l’innovation.

Cartes des réseaux d’Innovation Centers : SATT intégrés aux campus universitaires, French Tech intégrés aux métropoles labellisées et EIT ICT Labs intégrés aux hubs européens.
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Coordonner un réseau d’accélérateurs pour faire émerger les graines de Champions européens

L’émergence des graines de Champions est une première étape pour renouveler les entreprises à fort potentiel de l’écosystème. Ces entreprises sont accompagnées pour passer les premières phases de développement à l’issue des accélérateurs ce qui leur permet de dépasser la barre des premiers millions de chiffre d’affaires en s’appuyant sur de l’amorçage puis du capital risque et développement pour financer un décollage rapide à l’international. La richesse de l’écosystème de l’innovation est une force qui nécessite une coordination pour être en mesure de catalyser les projets à plus fort potentiel, leur trouver des financements et les faire rayonner à l’international.

Il s’agira ensuite de mettre en lumière les graines de Champions européens pour qu’ils deviennent des acteurs internationaux leaders sur leur marché, attirent les meilleurs talents, bénéficient d’effets de levier dans leurs investissements. Ceci leur permettra de fédérer l’écosystème de l’innovation composé des accélérateurs et des graines de Champions à l’échelle de la métropole et surtout s’associer avec les écosystèmes européens les plus dynamiques (Londres, Berlin, Stockholm …). Après la French Tech si nous imaginions les European Tech Hubs vecteurs de success stories partagées à l’échelle européenne. D’ailleurs nous ne sommes pas très loin de cet imaginaire depuis la mise en œuvre de l’European Institute of Innovation & Technology.

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Design des politiques régionales de recherche et d’innovation

Depuis que les clusters sont un facteur déterminant pour le développement local dans une économie globalisée il est nécessaire d’observer et d’évaluer le réseau de la recherche au plus près de l’écosystème de l’innovation afin de faciliter le design d’une politique régionale en faveur de la compétitivité et l’attractivité des territoires. Néanmoins ce design se compose d’un millefeuille institutionnel fait de multiples intermédiaires organisationnels qui rendent difficile le rapprochement de la recherche et de l’innovation afin de faciliter le développement économique dans une perspective d’aménagement du territoire. Il est donc plus que jamais nécessaire de coordonner les acteurs de la valorisation de la recherche à travers l’écosystème de l’innovation.

Pour comprendre les enjeux d’une telle coordination je m’inspire du séminaire de l’observatoire des pôles de compétitivité auquel j’ai assisté qui portait sur le thème de l’élaboration des stratégies régionales d’innovation (SRI) 2014-2020. Je commence par le concept central du séminaire qui est la spécialisation intelligente, il comprend également celui de technologies génériques clés (Baser la Spécialisation Intelligente sur les Technologies Génériques Clés). Je questionne ensuite ce que le design peut apporter en terme d’accompagnement pour le développement économique facilité par les politiques publiques (Designer les politiques pour accompagner les organisations orientées design).

Pour comprendre les enjeux de l’accompagnement de projets innovants en faveur du développement économique il s’agira par la suite de s’orienter vers les activités de retis, réseau français de l’innovation qui rassemble les CEEI, technopoles et incubateurs ainsi que certains pôles de compétitivité. Il vise à favoriser la création d’entreprises innovantes puis leur accompagnement dans leur phase de croissance en se basant sur les interactions scientifiques et industrielles autour de pôles de compétences et de transferts de technologies.

Designer les politiques pour accompagner les organisations orientées design

Le terme design est souvent compris au sens esthétique comme représentatif d’une certaine créativité, la touche finale, alors qu’il a également une importance profonde pour le développement de technologies. Les anglosaxons l’utilise plus largement pour toute activité collaborative qui amène les acteurs à coopérer et participer à un projet, on parle alors de co-design et de participatory design. C’est dans cette perspective que l’on utilise ce terme pour l’élaboration de politiques (policy design) visant à définir des processus d’action collective afin de réaliser des projets collaboratifs de R&D, et de design industriel. Le design d’une politique cohérente de coordination permettra aux organisations (institutions, associations, entreprises …) de collaborer afin de répondre à des enjeux sociétaux (design des usages) dans un cadre technologique commun (design des standards).

Ces organisations sont donc orientées par le design pour porter le développement des entreprises qui sont le moteur de l’économie territoriale à travers les clusters initiés par l’état et portés par les régions dans le cadre européen. Ceci dans une optique d’open innovation où les grands donneurs d’ordre impliquent de plus en plus les PME dans leurs processus d’innovation ainsi que des académiques ou tout types d’associations sous forme de consortium. Cette révolution de l’open innovation a été décrite par Henry Chesbrough depuis près de 10 ans. Les processus d’innovation avec des modèles open source software sont un véritable vecteur d’open innovation. Ils sont progressivement déclinés pour le hardware et de manière générale l’open design qui nécessite tout de même de prouver qu’il permet de formaliser des coopérations en réalisant du business au-delà de l’aspect participatif et créatif.

OpenInnovationopendesignnow

Le design moteur économique qui permet de réaliser la synthèse …

Le design est un moteur économique qui facilite la compétitivité basée sur la reproduction de productions originales. Pour fonctionner il doit remodeler l’économie toujours plus complexe et (r)évolutionnaire grâce à la prise en compte du design stratégique tout comme le numérique, ceci dans la vague du design thinking. On peut parler de design process en tant qu’activité de conception, notamment numérique avec les systèmes complexes mais aussi la mécanique, alors que le process design, issu du génie des procédés, considère la fabrication de matériaux évolués qui s’appuie sur la métrologie.

Dans la continuité du design, des dispositifs permettent aux entreprises d’être accompagnées dans leur stratégie et processus d’innovation avec pour ambition de devenir une ETI ou un fournisseur toujours plus compétitif. Pour résumer, le design est une condition nécessaire mais pas suffisante qui permet de réaliser la synthèse des connaissances assurées par des experts et révélées par des consultants participant au processus d’innovation. Quelque soit la méthode les organisations fonctionnent grâce à des processus collectifs permettant la synthèse créative des connaissances, technologies et compétences.

Marc Giget, animateur des mardis de l’innovation, ajoute les besoins sociétaux en exposant l’importance clef de la phase de synthèse créative dans la réussite de l’innovation :

Entre le monde des connaissances et des technologies, riche de multiples potentialités, et celui des attentes très vastes de la société, la phase de conception est un instant magique où la vision et le projet se concrétisent en une proposition, fruit de la sensibilité, de l’imaginaire et de l’inspiration du créateur.

… animée par les écosystèmes d’innovation associant création à industrie …

Le challenge pour les organisations orientées par les politiques est de réussir des projets apportant des innovations qui facilitent le développement économique. L’objectif est d’accompagner l’organisation des entreprises en plaçant le design comme un facteur de développement. Pour ce faire Armand Hatchuel and co, auteurs de la C-K théorie (concept-knowledge), ont imaginé le concept d’organisations orientées design. De manière plus pratique cette théorie a inspiré les ateliers DKCP suivant la méthode Define => Knowledge => Concept => Proposals qui permet à des acteurs hétérogènes de s’organiser pour innover.

L’adoption de la méthode DKCP, ou tout autre méthodologie adaptée au contexte, par les organisations d’animation des écosystèmes d’innovation permet de challenger la capacité d’innovation des entreprises. Ceci en les incitant à adapter leurs connaissances par un jeux d’assemblage et de composition en vue de trouver une demande ou de créer un nouvel usage. Pour ce faire le design associé à la création est également industriel nécessitant des compétences d’ingénierie. Il ne faut donc pas oublier les enjeux productifs du design autour d’objets industrialisés et de métiers de l’ingénierie toujours plus innovants.

L’association de la création et de l’industrie implique de nombreux acteurs à travers les écosystèmes de l’innovation afin de faciliter le redressement créatif pour réinventer l’industrie comme l’annonce Alain Cadix en plaçant :

Au cœur le “noyau dur” de la création conceptuelle, chercheurs, créateurs, philosophes; dans un second cercle, ingénieurs, économistes; dans un troisième cercle, entrepreneurs, managers. Le tout en interréaction, par une forte porosité entre les cercles. L’architecture ne doit pas brider la vie.

… grâce à la plate-formalisation des clusters régionaux portés par l’Europe …

La plateforme S3 permet aux Régions de designer leurs politiques suivant les bonnes pratiques européennes afin de mettre en oeuvre des plateformes territorialisées et virtualisées. Ces prédispositions sont à la base des lieux de rencontre et des espaces numériques qui facilitent les décloisonnements entre les mondes de la recherche et l’innovation. Leur rapprochement facilitera ainsi l’expérimentation et la digitalisation de prototypes pour le développement de nouveaux produits et services afin de les adapter aux usages de la société. Les plateformes pour le design de plateformes sont aux cœur des dispositifs associant les régions européennes autour de thématiques communes de recherche et d’innovation.

Pour ce faire l’European Network of Living Labs (ENoLL) est complémentaire à l’European Regions Research and Innovation Network (ERRIN) afin d’adapter les technologies aux usages locaux dans des living labs qui sont Open InnovationSourceDesign …

European Regions Research and Innovation Networkenoll_

Baser la Spécialisation Intelligente sur les Technologies Génériques Clés

Les discussions se sont concentrées autour du concept de spécialisation intelligente pour aborder la question de l’élaboration des stratégies régionales d’innovation (SRI) 2014-2020 lors d’un séminaire de l’observatoire des pôles de compétitivité. En vue d’allouer les fonds structurels aux régions la commission européenne l’a placé au cœur des discussions en apportant le guide “research and innovation strategies for smart specialisation RIS3” qui expose une méthodologie en 6 étapes. Le programme opérationnel FEDER pour la période 2007-2013 s’était appuyé sur un guide national “méthode de diagnostic du système d’innovation dans les régions françaises“.

Cette période 2014-2020 correspond au programme horizon 2020 de la commission européenne qui défini trois axes majeurs pour orienter la stratégie de l’union européenne que sont l’excellence scientifique, le leadership industriel et les grands enjeux sociétaux. Ce programme vise à intégrer et coordonner les fonds dédiés à la recherche et l’innovation avec les fonds structurels consacrés aux régions. Ainsi pour le nouvel exercice 2014-2020 des stratégies régionales d’innovation les SRI et les SRESR (schémas Régionaux de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche) doivent impérativement converger. Pour réussir ce challenge la plateforme Smart Specialisation Strategies (S3) permet aux régions d’échanger des bonnes pratiques dans le but de structurer leur stratégie en s’appuyant sur des synergies locales grâce à l’hybridation de technologies/compétences régionales et globales grâce à la constitution de communautés thématiques européennes.

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De l’origine du concept de spécialisation intelligente à l’instrument politique …

Dans un article publié en 2011 dans l’ouvrage annuel de FutuRIS, plateforme animée par l’association nationale de la recherche et de la technologie pour assurer un suivi du système français de recherche et d’innovation, Dominique Foray revient sur le concept originel de la spécialisation intelligente ce qui lui a valu le Prix 2011. On y apprend qu’il a introduit le concept avec Paul David et Bronwyn Hall en 2009 dans un article issu du groupe d’expert Knowledge for Growth. Il faut rappeler qu’il est l’auteur du paradigme de l’économie de la connaissance qui a été placé au cœur de la stratégie de Lisbonne de l’union européenne en l’an 2000 à l’horizon 2010.

Au-delà de l’intuition du concept les 3 chercheurs estiment qu’il reste difficile d’implémenter l’idée académique en instrument politique puisque chacun y va de son interprétation en s’éloignant du concept de départ. La méthodologie ne peut pas être générique puisque chaque cas est unique dans la mesure où il s’agit de se différencier pour se spécialiser. D’ailleurs le séminaire n’a pas apporté de réponse clair à la question. Avant d’aborder la question de la mise en œuvre d’une spécialisation intelligente en terme d’évaluation et de coordination des financements Dominique Foray pose que :

L’élément central de la politique de SI – la première étape – réside dans le soutien des entrepreneurs qui expérimentent et découvrent les domaines futurs d’activité de RD et d’innovation. […] Il convient de créer aussi les conditions par lesquelles de multiples réseaux de découvertes et d’expérimentation pourraient émerger.

… basé sur la diffusion des hautes technologies …

Pour exprimer concrètement la spécialisation intelligente Dominique Foray donne l’exemple surprenant d’une filière basée sur des basses technologies modernisées par les hautes technologies. Il s’agit de l’industrie du papier et du bois en Finlande qui se transforme grâce à la diffusion des nanotechnologies. Il est particulièrement éloquent puisqu’il montre l’évolution de l’industrie et la complexification de l’ingénierie grâce l’utilisation de technologies émergentes. Ainsi ces hautes technologies se diffusent pour améliorer l’économie dans son ensemble grâce à la création de nouveaux métiers et à l’amélioration de certaines filières qui sembleraient primaires ou en déclin industriel. Dans cette voie le guide RIS3 de la commission européenne propose l’instrument des key enabling technologies (KET) ou technologies génériques clés pour élaborer une stratégie de spécialisation intelligente.

Les technologies génériques clés sont issues du rapport d’un groupe d’experts européens qui a identifié la nanotechnologie, la micro- et nanoélectronique (y compris les semi-conducteurs), la photonique, la biotechnologie et les matériaux avancés avec une attention particulière pour les systèmes manufacturiers avancés dans le but de préparer des mesures politiques afin d’améliorer la compétitivité des industries européennes. Un programme spécifique donnera lieu à des appels à projets dédiés en s’assurant d’une exploitation des résultats de la recherche en Europe grâce à des organisations de recherche et technologie, des consortium industriels et des entreprises leaders sur leur marché. Enfin le rapport note les difficultés européennes pour passer de la connaissance au marché, ainsi il a été proposé d’orienter les financements vers les lignes pilotes et démonstrateurs dans le but de surmonter ce déficit européen, appelé la vallée de la mort, en insistant sur 2 autres piliers fondés en aval sur les équipements technologiques et manufacturiers en amont.

KET valley of death… grâce à la complémentarité des technologies génériques clés …

Les technologies génériques clés que sont la nanotechnologie associée à la photonique et l’électronique développées à des échelles toujours plus micro/nanoscopiques fondent la recherche fondamentale qui permet des applications grâce à leur diffusion à travers l’industrie. Ainsi les éléments électroniques et photoniques sont diffusés comme technologies incrémentales alors qu’on observe l’émergence de nouvelles techniques portées principalement par les nanotechnologies à la base de technologies de rupture pour la conception de systèmes et la fabrication de matériaux. Il faut noter l’absence de manière explicite des technologies de l’information et de la communication. Le rapport insiste davantage sur le hardware, comprenant des dispositifs qui intègrent l’électronique et la photonique, alors que le software ne fait pas partie des key enabling technologies même si le rapport “Software Technologies: the Missing Key Enabling Technology” a répondu à ce manque.

Enfin la sixième technologie générique clé rassemble les biotechnologies qui sont transversales en s’appuyant sur le paradigme de la nanotechnologieélectroniquephotonique pour fabriquer des (bio)matériaux et concevoir des (bio)systèmes. Elles apportent des innovations bioinspirées afin de répondre à des enjeux humains et environnementaux en développant la bioéconomie qui a fait l’objet d’un rapport de l’OCDE et fait partie de la stratégie européenne. Dans cette perspective la bioéconomie est représentative de la diffusion des technologies à travers l’ensemble des industries de l’high-tech au low-tech afin de répondre à des enjeux sociétaux en vue de favoriser l’innovation régionale grâce à des démarches transdisciplinaires comme l’expose le premier groupe de travail sur les KET (Transdisciplinarity, Societal Acceptance and innovative regions).

… afin de bénéficier du spectre de ces technologies en se différenciant

L’exemple Finlandais de spécialisation intelligente avec l’utilisation de la nanotechnologie dans l’industrie du papier et du bois joint les deux bouts de la diffusion des hautes technologies de la nanotechnologie à la bioéconomie. D’ailleurs les scientifiques anticipent déjà que les nanotechnologies pourraient améliorer les rendements agricoles. On peut dès lors imaginer la diversité des applications du spectre des technologies qui s’étend des briques technologiques de l’électronique et de la photonique, révolutionnés par le paradigme scientifique de la nanotechnologie, aux technologies applicatives de fabrication de matériaux évolués et de conception de systèmes complexes. La programmation des logiciels basée sur les standards du web permettra de maitriser et contrôler ces technologies en collaboration à travers le monde créant ainsi un ensemble de nouvelles compétences métier animées par des formations.

Le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR) avait lancé le programme Nano-Innov dès 2009 pour donner à l’industrie française les moyens de réussir le virage des nanotechnologies. Geneviève Fioraso, déjà très impliquée dans la valorisation de la nanotechnologie, a contribué à la structuration de la biotechnologie de nouvelle génération. Dans son rapport sur biologie de synthèse, elle place la biotechnologie entre transdisplinarité et enjeux sociétaux en mettant en perspective les modèles économiques et la propriété intellectuelle. Elle annonçait lors d’une journée d’information sur les technologies génériques clés organisée par le MESR qu’il faut saisir les nouvelles opportunités européennes pour la recherche et l’innovation. Le financement de l’ensemble du spectre des 6 champs technologiques à travers l’europe permettra alors aux régions de se donner les moyens de la spécialisation intelligente. Les régions devront cibler et prioriser leurs domaines pour se différencier tout en bénéficiant de la complémentarité des régions européennes grâce à des collaborations inter-clusters.